Épisode 5 : La gouvernance à l'ère du numérique

Steve Orsini : On se dirige vers un monde vraiment axé sur l’utilisateur. Le citoyen. Le patient. L’étudiant. La personne âgée.

Jennifer Hollett : Je pense que c’est une question de mettre en contact les citoyens et les gens ordinaires avec les politiques, le gouvernement, et les discussions entourant des décisions qui ont vraiment des effets sur la vie de tous les jours.

Parker Mitchell : Je ne veux pas nécessairement avoir mon mot à dire dans les décisions du gouvernement, en tout cas, pas dans la mesure où les gens semblent penser que je le désire. Je veux surtout que les décisions soient prises par les bonnes personnes.

Kaili Lévesque : Bonjour, et bienvenue à Track Changes/Changer de Voix, podcast sur l’innovation dans le secteur public! Ici Kaili Lévesque –

Francis Nolan-Poupart : Et Francis Nolan-Poupart. Alors aujourd’hui sur Changer de Voix, on vous présente un long métrage qui va résumer les discussions hyper intéressantes et à la fine pointe des dernières tendances qui se sont tenues lors d’un événement qui a eu lieu à Ottawa en octobre dernier, et puis ici, on parle du Symposium des greffiers et des secrétaires de cabinet sur l’innovation en matière de politique. Donc, 2016, c’était la deuxième édition de ce symposium qui rassemble les plus hauts dirigeants des fonctions publiques canadienne et provinciales pour qu’ils puissent échanger de leurs idées et en apprendre plus sur l’innovation en parlant aux meilleurs experts de l’industrie, du monde universitaire et du gouvernement. Et puis le thème du symposium, cette année, c’était « l’élaboration ouverte de politiques dans l’ère numérique ».

Kaili Lévesque : Ce symposium est événement qui a été organisé par le Bureau du Conseil privé en partenariat avec le Forum des politiques publiques et c’est dans ce contexte-là qu’on a pu bénéficier de l’aide de Kent Aitken pour monter l’épisode d’aujourd’hui. Kent est récemment devenu boursier des premiers ministres du Canada au Forum des politiques publiques, et passe donc le plus clair de son temps à réfléchir, faire des recherches, parler et écrire sur le sujet du gouvernement à l’ère numérique. Dans la version anglaise de l’épisode d’aujourd’hui, Kent agit comme coanimateur et nous partage certaines perles de sagesse que Francis et moi on va intégrer ici dans notre introduction, le plus fidèlement possible.

Francis Nolan-Poupart : Oui, alors, on vous fournit un peu plus de détails sur ce fameux symposium avant de vous faire écouter ce que ses invités et ses conférenciers avaient à dire. Alors pour nous, d’abord, c’était vraiment excitant de pouvoir avoir deux membres de l’équipe Track Changes/Changer de voix qui ont carrément assisté au symposium, armés d’enregistreurs. C’est le genre de réunion qui se tient habituellement derrière portes closes, pour que, les greffiers et les secrétaires de cabinet aient un espace sécuritaire où ils peuvent parler d’enjeux pressants.

Kaili Lévesque : Avant d’aller plus loin, est‑ce que tout le monde sait ce qu’est un « greffier »? Non? Bon. Les greffiers et les secrétaires de cabinet sont les chefs des fonctions publiques fédérale et provinciales. Ce sont des personnes impartiales, qui ne font pas partie du personnel politique. Ils sont habituellement des fonctionnaires de carrière nommés par le premier ministre fédéral ou un premier ministre provincial. Selon la bonne vieille tradition parlementaire britannique, on les appelle parfois greffiers, parfois secrétaires de cabinet, selon l’endroit où ils travaillent. Ils se réunissent plusieurs fois par année pour se pencher sur des questions d’intérêt commun. Ils ont commencé l’année dernière à tenir des réunions régulières sur le thème de l’innovation en matière de politiques et de l’élaboration ouverte de politiques.

Francis Nolan-Poupart : Merci Kaili. Alors oui, j’étais en train de dire justement qu’on a été très chanceux de pouvoir assister à ce symposium. Le thème du symposium était l’ouverture; et cette ouverture là s’est manifestée de plusieurs manières. Le symposium avait son propre mot-clic, #PCOPPF, que les personnes intéressées sur Twitter pouvaient suivre. Ça a mis la table à une discussion entre les gens physiquement présents au symposium et d’autres parties intéressées ailleurs au pays. Mais bon, on veut pas exagérer, non plus; au moins observateur sur Twitter nous a demandé pourquoi ce symposium sur l’élaboration ouverte n’était pas entièrement ouvert, et il faut reconnaître qu’il y a encore une place - une place importante - pour les conversations et les délibérations en privé.

Kaili Lévesque : Quand même, nous avions deux membres de l’équipe de Track Changes/Changer de Voix sur place qui ont posé des questions aux invités et aux conférenciers du symposium concernant ce qu’ils avaient à dire sur l’élaboration ouverte de politiques, quelles innovations en émergence les excitent le plus, et qu’est-ce qui les gardent réveillés, ou qui les inquiètent en pleine nuit. Dans leurs réponses, que vous allez commencer à entendre dans trente secondes, on vous le promet, vous allez beaucoup entendre parler d’élaboration ouverte de politiques et de consultation citoyenne. À l’heure actuelle, les initiatives de consultation citoyenne les plus visibles sont celles qui font appel aux Canadiens pour fournir leurs idées, comme le site Web de l’Ontario Parlons budget et la consultation dans le cadre de l’Agenda d’innovation du Canada. Quelque chose que Kent qui, rappelez-vous, travaille au Forum des politiques publiques et nous a aidé à monter cet épisode, alors quelque chose que Kent a souligné dans la version anglaise de l’épisode c’est que les consultations citoyennes peuvent prendre de diverses formes, comme consulter la population par Internet, obtenir des commentaires sur les projets de règlement ou tenir des séances de discussion ouverte, des tables rondes et des panels de citoyens qui s’échelonnent sur plusieurs mois. Il existe de nombreux modes de consultation, qui changeront selon l’étape du cycle de l’élaboration des politiques, par exemple, lorsque le gouvernement observe pour la première fois un problème, lorsqu’il étudie les solutions possibles ou lorsqu’il décide du plan d’action à mettre en œuvre.

Francis Nolan-Poupart : Et, de façon plus générale, l’élaboration ouverte de politiques peut non seulement inclure la consultation citoyenne, mais aussi des processus de collaboration avec des organisations partenaires au sujet d’une politique ou même l’établissement d’un réseau gouvernemental et une ouverture du gouvernement à accepter de nouvelles sources d’information.

Kaili Lévesque : Absolument. Alors, avec notre préambule dé complété, on commence à vous faire entendre ce qu’avaient à dire les participants de l’événement. Le symposium de cette année a été co-présidée par Kim Henderson, secrétaire du Cabinet de la Colombie‑Britannique, et Michael Wernick, greffier du Conseil privé du gouvernement fédéral. Madame Henderson, à vous la parole :

Kim Henderson : Je m’appelle Kim Anderson, et je suis secrétaire du Cabinet et dirigeante de la fonction publique de la Colombie‑Britannique.

Kaili Lévesque : On a beaucoup parlé des différentes formes que peut prendre l’élaboration ouverte de politiques, mais je suis curieuse de savoir ce que ça veut dire pour vous dans votre rôle, en termes concrets. \

Kim Henderson : Je pense que ça indique que les citoyens doivent participer davantage à la conception des politiques. D’ailleurs, en Colombie‑Britannique, on a connu des hauts et des bas au fil des années en ce qui concerne la consultation des citoyens, et on en a tiré plusieurs leçons. Je constate que les séances d’aujourd’hui le confirment. Entre autres, on a appris qu'on ne pouvait pas se fier seulement à la consultation en ligne; il faut aussi trouver d’autres façons d’inclure les groupes qui ne participent pas généralement à ce genre de consultation. J’ai retenu de la discussion de ce matin que les fonctions publiques ont souvent un souci d’équité et d’inclusivité lors qu’ils élaborent des politiques. Donc, dans ce contexte-là, comment est-ce qu’on peut mobiliser les citoyens d’une manière qui tient aussi compte de l’équité et de l’inclusivité?

Francis Nolan-Poupart : Comme vous avez pu le constater, madame Henderson a bien réfléchi sur ce sujet. Elle nous a parlé d’un aspect de l’« ouverture » dont on n’entend pas souvent parler, en mettant l’accent sur l’art de diriger dans un environnement d’« ouverture par défaut » qui est... un peu risqué.

Donnons la parole au greffier du Conseil Privé du Canada, Michael Wernick, qui nous a fourni quelques réflexions au tout début de la conférence.

Michael Wernick: Vraiment c’est – je ne veux pas mettre de la pression – mais je pense que c’est l’enjeu de notre journée : comment faire entrer la gouvernance dans l’ère numérique. les gens veulent leurs services en tout temps. Ils veulent qu’ils soient en ligne. Ils les veulent lorsqu’ils en ont besoin, et beaucoup de parties du gouvernement avancent, lentement mais sûrement, dans cette direction. La partie la plus difficile est l’aspect juridique, l’aspect politique, les fonctions réglementaires du gouvernement. Créer les règles du jeu pour notre société et notre économie. Les possibilités sont énormes. Ce que je demanderais ardemment est que nous passions de la phase « wow, c’est super ça! » à « comment allons-nous intensifier nos actions? » C’est un peu comme passer du laboratoire au marché. Il y a beaucoup d’exemples du type « ah, c’est super ça! Si seulement nous pouvions faire plus de choses comme cela. » On les voit depuis des années. Il s’agit de déterminer comment les concrétiser et comment les rendre compatibles avec le genre de gouvernance que nous souhaitons avoir.

Kaili Lévesque : M. Wernick a aussi formulé quelques réflexions sur la façon dont les gouvernements peuvent y arriver. Le voici :

Michael Wernick: La responsabilité partagée, ce n’est pas une mince affaire. C’est merveilleux de parler de partenariats et de faire des choses ensemble, et il y a une bonne volonté manifeste. Au bout du compte, les gens sont tenus responsables de leurs actions. Et, vous savez, au sein d’un gouvernement inspiré du modèle de Westminster, c’est un ministre qui doit se lever à la période des questions, ou faire face aux questions soulevées devant un comité parlementaire, du type « comment cela a pu arriver? » Et vous ne pouvez pas dire « vous savez, c’est mon partenaire ». Cela ne fonctionne pas. Finalement, vous êtes responsables de ce qui arrive. Vous êtes responsables des résultats, vous être responsables de la gouvernance, de la gestion de projet et de toutes ces choses.

Francis Nolan-Poupart : Ici, M. Wernick semble faire référence aux contraintes d’un environnement qui tente de minimiser la prise de risque et de favoriser la prudence.

Michael Wernick: Alors, risque-récompense, risque partagé, résultats partagés, tout cela est difficile à réaliser. Et trouver comment y parvenir est, effectivement, un énorme défi actuellement. Vous savez, les tout petits micros projets, les projets pilotes – qui est un terme que j’ai presque banni – ils fonctionnent bien, mais nous nous sommes rendu compte que lorsque nous voulons entreprendre un projet à grande échelle, nous nous heurtons à toute sorte de questions liées à la responsabilisation et la responsabilité partagées.

Francis Nolan-Poupart : La dernière chose qu’on va rajouter ici, c’est le point de vue de M. Wernick par rapport au rôle primordial que doit tenir l’intérêt public dans notre travail.

Michael Wernick : Le défi pour nous, qui travaillons au sein du pouvoir exécutif du gouvernement au service des gouvernements élus, est de prendre tout ça et transformer le tout en options réalisables par les 30 femmes et hommes de mon cabinet, dans mon cas, ou à 338 femmes et hommes de la Chambre des communes. Il s’agit d’un processus ardu : transformer des idées en options réalisables, puis, évidemment, les mettre en œuvre efficacement.

Et, définir, malgré tout le bruit et les intérêts concurrents, l’intérêt public. Obtenir une vision à long terme est difficile au gouvernement, mais nous devons toujours agir dans l’intérêt public, au sens où le gouvernement le perçoit. Et cela ne correspond pas à l’intérêt privé, et cela ne correspond pas toujours à celui des intervenants qui participent à un forum en ligne. Ils ont un point de vue et des intérêts légitimes à faire valoir. Toutefois, d’une façon ou d’une autre, dans une démocratie, les gens doivent faire la distinction entre leur point de vue et l’intérêt public, et être en être tenus responsables par la suite.

Kaili Lévesque : Et voilà, c’était les commentaires d’ouverture de nos coprésidents. Voyons ce qui s’est dit pendant le reste de la conférence!

Francis Nolan-Poupart : Lors du symposium, Jennifer Hollett, chef des nouvelles et du gouvernement à Twitter Canada, a parlé du rôle des médias sociaux dans l’élaboration ouverte de politiques. Nous l’avons rencontrée pour parler de ce sujet et de ce qui l’inspire.

Jennifer Hollett : Je pense qu’il s’agit d’établir un lien entre les citoyens, les gens normaux si vous voulez, et les politiques, le gouvernement, les conversations sur les décisions qui ont un véritable impact dans leur quotidien. Je rencontre tellement de personnes intimidées même par les mots « politique publique ». Je pense que même ces mots-là excluent beaucoup de personnes. Donc, il faut trouver des moyens créatifs, en particulier en utilisant le numérique, d’inviter plus de gens à participer aux discussions qui ont un impact sur leur quotidien, qu’il s’agisse de santé, du transport ou de l’éducation -- toutes des questions de politique publique. Il faut donc ouvrir ça en le rendant accessible et attirant.

Kaili Lévesque : Les médias sociaux sont en voie de devenir un espace critique pour mener des conversations ouvertes entre les gouvernements et leurs citoyens. Quand vous examinez votre rôle avec Twitter ou, dans votre propre vie, quels sont les éléments de l’élaboration ouverte de politiques qui vous inspirent le plus, et y a‑t‑il des exemples que vous pourriez partager avec nous?

Jennifer Hollett : Les mouvements qui naissent sur Twitter m’inspirent beaucoup. Et quand je dis mouvement, je parle de groupes de personnes qui décident d’agir sur un enjeu. Et Twitter, c’est un moyen d’établir un lien entre des gens qui ne se connaissent peut‑être pas et de suivre un enjeu. Et parfois, ça commence avec un mot‑clic, comme #idlenomore ou #blacklivesmatter. Les deux étaient des commentaires qui se sont transformés en mouvements parce qu’un grand nombre de personnes se sont jointes aux conversations. Les gens ont commencé à se réunir en personne et à s’organiser. Et puis ensuite, le mouvement s’est étendu à plusieurs mouvements et cela a des conséquences pour les politiques et nos discussions sur le racisme et la discrimination. Donc, pour moi, quand je pense aux politiques publiques et aux médias sociaux, je pense pas aux conversations formelles ou aux gazouillis qui disent « voici mes opinions sur la nouvelle loi ou la nouvelle politique ». Très peu de gens s’expriment de cette façon-là. Il est certain que, dans nos cercles, j’ai une maîtrise en administration publique, j’ai fréquenté une école où il y avait beaucoup de mordus de la politique; c’est peut-être une autre histoire. Mais je pense que c’est assez plate, tout ça, pour le citoyen moyen. Il faut donc parler de la vie et des véritables enjeux, comme l’accroissement du niveau d’inégalité de revenu et son lien avec le sexe, le racisme et la classe sociale, et tous ces enjeux de politique. Par conséquent, cette conversation sur une plateforme comme Twitter, réunir les gens, les faire sortir dans les rues, les voir rencontrer les politiciens, cela fait partie de la discussion qui ont lieu.

Kaili Lévesque : On a aussi demandé à Mme Hollett comment l’idée ou l’objectif de l’élaboration ouverte de politiques influence son rôle.

Jennifer Hollett : Comme je collabore étroitement avec le gouvernement et les politiciens, mon rôle consiste à trouver comment on peut collaborer pour rejoindre le plus de Canadiens possible et leur donner une chance de discute d’enjeux liés aux politiques publiques. Et je pense que beaucoup de personnes sont intimidées par le gouvernement, les députés, les fonctionnaires. Elles savent pas quoi dire et comment le dire. Aller rencontrer les personnes là où elles sont déjà, c’est participer d’une façon qui semble authentique, c’est un début. Une partie de la conversation, traditionnellement, allait beaucoup dans le sens des nouvelles et du gouvernement. Voici un communiqué de presse, voici une conférence de presse. Et maintenant, grâce aux réseaux sociaux, cela va dans les deux sens, c’est trois, quatre, cinq. C’est une conversation où se font entendre plusieurs voix. Et plus nous sommes plus forts, en particulier avec la politique, plus nos voix sont diversifiées.

Francis Nolan-Poupart : C’est important de se rappeler que nous, à titre de fonctionnaires et pour ce balado, notre rôle consiste en partie à traduire le jargon juridique, administratif et bureaucratique, et transformer ça en quelque chose que les Canadiens peuvent comprendre et sur lequel ils peuvent réagir. À ce sujet-là, Jennifer a dit une phrase particulièrement importante puis on aimerait y mettre l’accent.

Jennifer Hollett : aller rencontrer les personnes là où elles sont déjà.

Francis Nolan-Poupart : C’est tellement important. Trop souvent, les gouvernements essaient de créer leurs propres conversations plutôt que de se joindre aux conversations en cours. Ils essaient de lancer leurs propres plateformes de consultation en ligne puis leurs propres discussions sur Twitter en utilisant leurs propres mots-clics, plutôt que de faire participer les Canadiens à des tribunes existantes, en personne ou en ligne. On peut faire les deux, évidemment, mais l’élaboration ouverte de politiques, c’est, en partie, l’amélioration de l’écoute. Nos citoyens parlent déjà de ce qui est important pour eux, que ce soit en ligne, dans leurs communautés, autour de la table de cuisine (qu’elle soit virtuelle ou pas). Les fonctionnaires doivent aller les rencontrer et s’asseoir sur une chaise.

Kaili Lévesque : On s’est aussi assis avec Steve Orsini. On le laisse se présenter.

Steve Orsini : Je m’appelle Steve Orsini. Je suis le secrétaire du Cabinet, le dirigeant de la fonction publique ontarienne et le greffier du Conseil exécutif. Trois fonctions différentes. À titre de secrétaire du Cabinet, je me concentre beaucoup sur la qualité des conseils qu’on donne au gouvernement. À titre de dirigeant de la fonction publique ontarienne, composée de plus de 63 000 fonctionnaires, je dois porter attention à leurs enjeux et mobiliser le personnel à l’égard de tout un éventail de sujets. À titre de greffier du Conseil exécutif, je fais plusieurs choses : je signe les procès‑verbaux du Cabinet, je fais prêter serment au lieutenant‑gouverneur et aux ministres du Cabinet. C’est donc divers types de fonctions pour divers types de situations.

Kaili Lévesque : M. Orsini donne une définition de l’élaboration ouverte des politiques avec une nuance assez intéressante, en ce qu'il choisit pas de se concentrer sur une interprétation traditionnelle du mot « ouvert », mais plutôt sur le changement de point de vue de ce qui est à la base de l’élaboration des politiques et de la conception des programmes.

Steve Orsini : Il est essentiel de repenser notre façon de faire les politiques. Et il va falloir du temps pour que cela imprègne l’organisation. Mais selon mon point de vue, on évolue dans un domaine où les secteurs de programme et les boîtes de politiques, créent des politiques en fonction de leur point de vue sur le monde. Et on se dirige maintenant vers un monde où on se concentre vraiment sur l’utilisateur. Que ce soit le citoyen. Le patient. L’étudiant. L’aîné. Et on cherche maintenant à concevoir des politiques à partir du point de vue de cette personn-là. C’est une approche complètement différente. Ça semble être semblable, mais c’est fondamentalement différent. On a tellement de programmes pour les jeunes à risque. Mais en même temps, il y a des jeunes dans la société, les régions vulnérables, où les taux de suicide sont élevés. Donc, on a pas encore tout à fait conçu le système répondant le mieux aux besoins de l’individu. On l’a conçu d’après les fonctions de prestation de programme. C’est un changement fondamental. On renverse tout le système. Il faut commencer par l’utilisateur et trouver les bons programmes qui répondent à leurs besoins.

Francis Nolan-Poupart : La conception axée sur l’utilisateur (ou le “user-centred design”, en anglais) c’est un outil pour l’élaboration ouverte de politiques. C’est un outil qui inclut l’utilisateur d’un service dans le processus de conception afin que nos programmes soient conçus au moyen d’une véritable compréhension et avec un sentiment d’empathie pour la population qui va être touchée; pour que les programmes fonctionnent sur le terrain, puis qu’il soit facile pour les personnes d’accéder à ces programmes-là et de les utiliser, plutôt que de prioriser que ces programmes-là soient facile à administrer. Ça peut sembler normal, mais comme M. Orsini l’a fait remarquer, c’est un changement fondamental dans la façon de penser pour de nombreux gouvernements et ce changement-là est devenu une marque distinctive de l’approche du Royaume‑Uni à l’égard des services aux citoyens. Ce changement-là suscite de plus en plus d’intérêt au Canada. Ce n’est pas que les gouvernements ne pensaient pas aux citoyens. Mais la conception des programmes était souvent influencée par les contraintes et les habitudes du système. La conception nous donne un ensemble de méthodes pour redonner la priorité aux utilisateurs.

Kaili Lévesque : On a aussi parlé à James Anderson, l’un des conférenciers, qui a apporté le point de vue de la société civile et de la philanthropie à l’égard de l’innovation gouvernementale.

Jim Anderson : Je m’appelle Jim Anderson et je dirige les efforts en matière d’innovation gouvernementale à Bloomberg Philanthropies, une fondation basée à New York qui accorde des subventions partout dans le monde.  

Kaili Lévesque : Qu’est‑ce qui vous excite le plus à propos de ce que vous avez entendu pendant la dernière journée?

Jim Anderson : Le simple fait de rassembler des hauts dirigeants de la fonction publique pour parler de la façon d’adapter leurs stratégies, c’est incroyablement stimulant. Ce qu’on trouve souvent, d’un gouvernement à l’autre, c’est des exemples isolés d’excellence. Les gens sont heureux d’essayer des nouveaux outils puis des nouvelles techniques, mais on n’a pas encore vu beaucoup de gouvernements les intégrer dans l’ADN-même de leurs organisations. Je pense que c’est le dilemme auquel est confronté la fonction publique canadienne à ce forum et, et c’est terriblement stimulant parce quelqu’un doit y arriver et pourquoi pas vous?

Francis Nolan-Poupart : M. Anderson a fait un fort plaidoyer en faveur d’une plus grande mobilisation des citoyens…

Jim Anderson: Le manque de confiance est en hausse d’un pays à l’autre dans le monde. Je pense donc qu’il est très urgent maintenant pour les gouvernements de mieux mobiliser les citoyens, la société civile, les entreprises et autres dans l’élaboration de politiques de façon à engendrer un meilleur soutien pour les politiques gouvernementales. Ça crée de nouveaux points de référence pour les personnes dans leur relation avec leurs maires, avec leurs députés, avec leurs ministres. Je pense que c’est incroyablement opportun et important. Alors comment s’éloigner des cas isolés d’excellence pour intégrer ces stratégies dans le travail qu’on accomplit? C’est vraiment vers là qu’on se dirige, selon moi. Ça semble la direction que de nombreux gouvernements veulent que leur bateau prenne. Et c’est difficile!

Kaili Lévesque : Voici M. Anderson qui rend sa concret avec un exemple de ce qui se produit ailleurs dans le monde.

Jim Anderson: Le premier ministre Modi en Inde est un vrai exemple en matière d’élaboration ouverte des politiques, alors que du jour au lendemain, il est passé d’une administration fermée à une administration ouverte. On s’est associés au premier ministre Modi dans le cadre de son programme de développement urbain. Il voulait déployer le concept des villes intelligentes partout en Inde. Donc il a créé un concours ouvert, énergique et transparent. C’était la première fois qu’un gouvernement central utilisait un défi compétitif pour attribuer des subventions. Il s’agit d’un véritable changement dans la manière dont fonctionne le gouvernement, en ce que le concours a pas indiqué aux villes comment elles devraient être des villes intelligentes. Au contraire, il leur a demandé ce que ça voulait dire pour eux, « ville intelligente », dans leur contexte. Comment voulez‑vous devenir une ville intelligente? Quelle est votre stratégie pour atteindre ce but? Tous ces efforts-là ont formé la base d’un extraordinaire programme qui a vraiment marqué un grand changement dans la manière dont le gouvernement central distribue les fonds et dont il communique avec les états et les municipalités.

Francis Nolan-Poupart : Bloomberg a travaillé avec le gouvernement de l’Inde pour lancer un programme de développement urbain d’une valeur de 7,5 milliards visant à améliorer la qualité de vie dans 109 des villes indiennes ayant la croissance la plus rapide. L’élément central du programme était le défi des villes indiennes intelligentes (India Smart Cities Challenge), dans le cadre duquel les villes pouvaient soumettre des propositions pour espérer obtenir un financement du gouvernement central. Pendant ce défi, Bloomberg a organisé un « camp des idées » qui a réuni des dirigeants des villes de l’Inde et des experts mondiaux en matière d’innovation pour aider à peaufiner les propositions et faire émerger de nouvelles idées. Les 20 propositions gagnantes comprenaient des projets pour l’installation des lampadaires à DEL, recueillir l’eau de pluie, utiliser les toits des édifices publics pour produire de l’énergie solaire, et d’autres pour revitaliser les sites patrimoniaux et les zones riveraines. Idéalement, les propositions devaient inclure les points de vue des citoyens et représenter les besoins de la ville. Donc ça, c’est un bon exemple d’un gouvernement qui cède le contrôle et qui délaisse les mesures prescriptives pour utiliser une approche ouverte et compétitive qui donne la chance aux personnes les plus touchées (les dirigeants des villes et les citoyens) de trouver des solutions.

Kaili Lévesque : Quand une organisation ou un gouvernement adopte des pratiques ouvertes, il aide à tracer la voie pour d’autres, puis il permet le développement de nouveaux types de collaboration. Voici Nick Scott, le directeur général du Réseau de recherche sur les politiques sociales du Nouveau‑Brunswick, qui réunit divers gouvernements, institutions universitaires et d’autres organisations pour appuyer l’élaboration ouverte de politiques.

Nick Scott : J’aimerais que l’option implicite des gouvernements soit celle de la collaboration. Qu’ils tendent la main aux intervenants, que cela soit leur marche à suivre habituelle. De manière plus concrète, je voudrais que les gouvernements présentent clairement les défis qu’ils souhaitent relever à moyen à long terme, puisqu'ils affectent le temps et les ressources nécessaires pour atteindre ces objectifs-là. Pour trouver des solutions en collaborant. C’est ce que je cherche à atteindre, cette espèce de destination mythique. Je suis très inspiré lorsque je rencontre des personnes qui sont soit de simples citoyens ou qui travaillent avec une ONG, puis qui s’efforcent tous les jours à améliorer leur collectivité. Il faut essayer d’améliorer notre province, notre pays. Ils cherchent à atteindre ce genre de but-là grâce à différents types de projets qui sont complémentaires, mais ils le font souvent de façon isolée. Ils travaillent à l’échelle communautaire, souvent sans l’aide des gouvernements ni avec le milieu universitaire. Leur dévouement, leur passion et le travail qu’ils réalisent m’inspirent, et je suis heureux lorsqu’on établit des liens, lorsqu’on brisons l’isolement. C’est ce qui m’excite vraiment. D’une certaine manière, peu importe la raison, on a perdu de vue le fait que, eh oui, on se préoccupe tous de la même chose.

Francis Nolan-Poupart : Finalement, Parker Mitchell nous a expliqué pourquoi il considère que les éléments « ouverts » de l’élaboration ouverte de politiques sont en fait, les moins importants. M. Mitchell est un entrepreneur et un des fondateurs de l’organisme Ingénieurs sans frontières. Son point de vue tout en contraste nous a donné matière à réflexion et on voulait s’assurer de vous en faire part.

Parker Mitchell : Voici une réponse probablement controversée à tout ça. Donc, je ne crois pas que l’élaboration de politiques en tant que telle est un objectif. Je crois que l’objectif est un processus d’élaboration de politiques amélioré. Peut‑être que le processus est ouvert, peut‑être qu’il ne l’est pas. Je ne me sens pas interpellé par de nombreux commentaires faits aujourd’hui. Je ne veux pas me mêler des décisions de mon gouvernement, en tout cas pas autant que ce à quoi les gens ici s’attendent. Je veux que des gens très brillants prennent les décisions. Donc, ce qui m’intéresse vraiment c’est de savoir : est‑ce que nous pouvons compter au sein du gouvernement sur les bonnes personnes qui comprennent bien les enjeux et qui possèdent les compétences liées aux diverses tendances qui façonnent le monde. Si c’est le cas, je vais leur faire confiance pour prendre les décisions. Je crois que je suis moins intelligent, moins informé et que j’ai moins de temps à y consacrer que ces personnes, c’est pourquoi honnêtement je ne vois pas pourquoi mon gouvernement voudrait connaître mon opinion.

Kaili Lévesque : M. Mitchelle présente un point très intéressant. Au gouvernement, nous parlons souvent de consulter les citoyens comme s’ils exigeaient haut et fort qu’on leur donne le moyen de présenter leur point de vue. C’est parfois le cas, mais pas toujours. Et même si le gouvernement n’invite pas directement les citoyens à présenter des commentaires, les décisions sont habituellement prises en fonction de recherches et de consultations effectuées auprès de groupes et d’organisations qui représentent les intérêts de ces citoyens. Sans apport extérieur, on fonctionne en vase clos, et on conçoit des programmes et des services qui ne répondent pas aux besoins des utilisateurs.

Francis Nolan-Poupart : Ce n’est pas tout le monde qui veut contribuer, mais c’est notre rôle de faire en sorte que les personnes qui souhaitent le faire puissent le faire facilement et sans entrave. Il faut aussi aider les gens à comprendre pourquoi ils jouent un rôle important dans le processus.

Kaili Lévesque : Nous aurions dû nous débattre avec M. Mitchell...

Francis Nolan-Poupart : Attends, c’est risqué, parce que pour ceux qui me connaissent, puis pour dévier un peu de la traduction de nos collègues co-animateurs anglophones ont dit, moi-même, je serais peut-être d’accord avec lui. Mais blagues à part, peut-être que la meilleure manière de répondre à cet argument très convaincant, c’est de souligner que la boîte à outils pour l’élaboration ouverte de politiques va beaucoup plus loin que la consultation directe, peu importe à quel point ces mesures sont sophistiquées. Comme l'a souligné M. Orsini, c’est pas tant la consultation, l’enjeu central, mais c’est de mettre l’accent sur le citoyen et l’utilisateur. La pensée conceptuelle, l’étude des comportements et l’ethnographie font aussi partie de ce processus. Le fait que certaines personnes soient trop occupées ou qu’elles ne souhaitent pas être consultées directement ou de façon traditionnelle, ça veut pas dire que les gouvernements n’ont pas à régler les défis liés aux politiques ou qu’ils ne doivent pas améliorer les services. M. Mitchell pourrait ne pas répondre à une consultation en ligne sur un sujet donné, il n’a peut‑être même pas d’opinion à ce sujet, mais, sans lui mettre de mots dans la bouche, il s’attend peut-être à ce qu’on utilise les données et les renseignements que nous avons, et que nous travaillons avec les experts et les intervenants pertinents, pour améliorer la situation.

Kaili Lévesque : Exactement. Et le fait d’aller plus loin que les consultations est une façon de traiter un point qui a été soulevé plus tôt par Kim Henderson, la greffière de la Colombie‑Britannique, au sujet de l’équité et de l’exclusivité. Ce sont habituellement les gens eux‑mêmes qui choisissent de participer aux consultations, et il est rare que tous les citoyens aient les mêmes occasions de participer. Quand on conçoit des exercices d’élaboration de politiques ouverts, il faut toujours penser à la représentativité et à la manière d’établir les liens entre les différentes sources de renseignements que nous avons. M. Mitchell, quand on lui a parlé, a aussi mis l’accent sur la difficulté de le faire. Et il a conclu en reconnaissant les circonstances uniques dans lesquelles se trouvent les décideurs et les dirigeants de la fonction publique lorsqu’il est question de la tolérance au risque. Ça serait peut‑être un bon endroit pour commencer à réunir toutes les constatations.

Parker Mitchell : Ça me rappelle l’extraordinaire complexité du rôle des décideurs, parce qu’il existe un nombre infini d’intervenants. Certains d’entre eux vont limiter grandement les choix que vous pouvez faire, et d’autres vont vous donner l’impression de limiter grandement vos choix. Quelqu’un a dit « on ne veut pas que la confiance du public s’effrite à cause d’un reportage en première page », et moi je me suis demandé si c’était vraiment un vrai risque. Et la confiance du public est déjà assez faible, est‑ce que ça peut encore beaucoup empirer? Et si le gouvernement atteignait une belle réalisation qui renforçait la confiance du public, il pourrait y avoir plus de points positifs que négatifs... Moi, je vis dans un monde où il est possible d’offrir dans un premier temps des services inférieurs pour pouvoir ensuite se développer et offrir des services extraordinaires. Slack, par exemple, c’est maintenant une très très bonne plateforme en ligne. Mais, les 10 premières versions n’étaient pas fameuses. C’est l’avantage du monde des entreprises en startup, les attentes sont moins élevées puis ça nous permet de passer à travers les nouvelles versions, d’obtenir des commentaires et de croître. Dans ce monde, on est tous dans le même bateau. Un autre exemple : un de mes amis était le concepteur en chef de la refonte de healthcare.gov. Donc, il a approché cette tâche comme il le ferait pour son entreprise en démarrage à Silicon Valley... Il n’est pas nécessaire de servir 100 % de la population quand on démarre une entreprise à Silicon Valley. On identifie le 20 % de la population qu’on veut comme premiers utilisateurs puis on travaille en fonction d’eux. Puis on gère la situation comme ça. C’est plus risqué, oui… il est possible qu’un journaliste visite un site une journée, et puis qu’il y retourne le lendemain, puis qu’il voit un site un peu différent. Il peut alors se demander pourquoi il y a des différences. C’est parfaitement normal dans le monde des entreprises en démarrage, puis ça devrait aussi être parfaitement normal dans le contexte du lancement de la prestation des services gouvernementaux. Mais cette approche là a été difficile à adopter, et cette équipe là de healthcare.goc a dû convaincre des politiciens. Certains politiciens acceptaient de vivre avec les conséquences politiques. Ils ont acceptés de prendre la responsabilité et de dire « oui, nous adoptons ces pratiques, ça sera plus rapide et plus efficace d’y aller de cette manière. Et nous vivrons avec les conséquences; un autre reportage négatif ne changera rien ». S’il est possible d’utiliser cette méthode, il reste encore à savoir comment naviguer les contraintes. Et c’est un terrain semé d’embûches avec lequel il faut traiter.

Francis Nolan-Poupart : Et voilà, des idées provocatrices. Comment remettre en question nos propres postulats et changer la donne quand il est question du calcul du risque et des bénéfices? Comment changer la mentalité voulant qu’en tant que gouvernement, les programmes et services que nous offrons doivent fonctionner parfaitement dès le premier jour? Puis la question qui tue, c’est : comment faire en sorte que les appels à une plus grande prise de risques ne sont pas envoyés aux oubliettes après un seul faux pas? Le plus important, c’est comment on réagit à ces faux pas là, qui sont, inévitables, après tout. Est‑ce qu’on peut les considérer comme des aspects inévitables de l’expérimentation et de l’apprentissage? Ou est‑ce qu’on envoie le signal que tout faux pas est sans faute la décision qui tue sa carrière? On veut savoir ce que vous en pensez. Vous pouvez nous envoyer un gazouillis en utilisant le mot‑clic #tccdv.

Kaili Lévesque : On s’est retourné vers Kent pour lui donner le mot de clôture, lui mettant dans une position privilégié – il a la chance de réagir à la conversation de toute la journée par la suite, quand personne ne peut répliquer. Kent nous a souligné que deux thèmes principaux ressortent de la journée, selon lui : le premier, étant l'idée qu'ouvert ne veut pas toujours dire numérique et le deuxième, c’est qu’ouvert ne veut pas dire pour toujours. Kim Henderson et Parker Mitchell ont tous deux insisté sur ces points. La vraie question, pour les gouvernements, c'est de savoir quand ils ont réellement besoin de points de vue externes, et quand l'inclusion des expériences de citoyens et d'experts externes contribuera à améliorer la prise de décisions dans la fonction publique. Ils doivent ensuite être capables d’appliquer le bon processus pour inclure ces points de vue. C'est un peu paradoxal, puisqu’on a besoin de la capacité de mobilisation des citoyens pour bien inclure leurs voix, mais c'est souvent en les incluant qu'on renforce ses capacités. Et chaque fois que nous faisons une erreur ou choisissons des approches ouvertes dans une situation inappropriée, ça a l'effet de faire reculer les personnes qui choisissent d'y participer. Je pense que ce sera plus difficile à gérer que nous l'avions pensé.

Francis Nolan-Poupart : Kent nous a aussi souligné le rôle et des médias sociaux dans l'élaboration ouverte des politiques, notant que le terme « social » fait penser à une conversation, une interaction dans les deux sens. Mais l'OCDE a déclaré l'an dernier que pratiquement aucun gouvernement au monde, à l'exception de certains représentants élus, n'utilisait les médias sociaux pour engager réellement un dialogue avec des citoyens. Comme l'a souligné Jennifer Hollett, notre discours sur les politiques publiques peut sans doute être grandement façonné et influencé à l’entremise des médias sociaux ‑ mais pour l’instant, les gouvernements restent surtout en marge, où ils écoutent et réagissent.

Kaili Lévesque : On tient à remercier Kent de ses observations – on l’invitera à revenir!. Avant de terminer, cependant, je vous rappelle qu'il s'agissait du Symposium des greffiers et secrétaires de cabinet. On conclut donc avec un appel à l'action de l'un des secrétaires du Cabinet sur le rôle qu'il croit que ses homologues et lui doivent jouer pour faire de l'élaboration ouverte des politiques une réalité plus omniprésente. Voici de nouveau Steve Orsini, de l'Ontario.

Steve Orsini : Vous devez donner l'exemple. Si les sous‑ministres ne me voient pas prêcher par l'exemple, mes mots sont vides de sens. Vous devez constamment en parler. Si ce n'est pas une priorité pour vous en raison de votre horaire très chargé, ils vont aussi se sentir comme ça. Et vous devez faire de la place pour l’élaboration ouverte des politiques. Vous pouvez le faire de divers moyens : créer des groupes spéciaux, encourager des projets pilotes et des activités, mais vous devez faire de la place pour ce thème-là. Et surtout, vous devez prêcher par l'exemple. Ce qui veut dire que chaque fois que je réunis tous les sous‑ministres – nous nous rencontrons une fois par semaine, le vendredi matin – nous parlons de ces enjeux et si je n'en parle pas assez, c'est difficile pour moi de les tenir responsables si eux ils parlent pas. Ça commence ici, aujourd'hui, dans cette salle. Nous devons tous nous assurer d'en faire une priorité ou bien ça va être très difficile pour les autres de faire de même.

Kaili Lévesque : « Prêcher par l'exemple », c'est une bonne conclusion. Nous avons abordé une foule de sujets pendant la séance. Merci beaucoup aux organisateurs de cette conférence, qui nous ont permis d’y assister, et à toutes les personnes qui ont discuté avec nous. Nous vous sommes très reconnaissants d'avoir eu accès à de grands esprits, qui ont pris le temps de réfléchir à tout ça, mais qui n'ont pas peur de sortir de leurs bureaux et de nous communiquer leurs réflexions. Je pense que la richesse et la diversité des points de vue et des perspectives que nous avons entendus sont un rappel utile que nous sommes encore relativement au début de l'élaboration ouverte de politiques dans l'ère numérique. Il n'y a aucun doute que nous allons dans une direction très prometteuse pour améliorer la façon dont le gouvernement règle des problèmes et offre des services en collaboration avec ses citoyens, ses intervenants et ses partenaires. Mais c'est aussi désordonné, compliqué et plein de tensions non résolues.

Francis Nolan-Poupart : Ok, on est arrivés à la fin. Comme toujours, communiquez avec nous s'il y a quoi que ce soit, même si c'est juste pour dire bonjour. Vos commentaires sont les bienvenus. Comme nous vous l'avons dit, utilisez #tccdv, qui symbolise Track Changes/Changer de voix, pour vous adresser à nous sur Twitter – ou nous donner une note sur iTunes.

Kaili Lévesque : On va être de retour bientôt pour le prochain épisode. D'ici là, vous pouvez nous trouver sur Twitter, iTunes, Soundcloud, le site Web du Centre d'innovation du BCP (à www.pco-bcp.gc.ca/changerdevoix) ou vous pouvez nous envoyer un courriel ou un gazouillis.

Francis Nolan-Poupart : Je suis Francis Nolan-Poupart et mon pseudonyme sur Twitter est @fnolanp. Je suis en compagnie de ma coanimatrice Kaili Lévesque, que vous trouverez dans Twitter sous @kailiml. Merci encore à notre producteur invité, Kent Aitken, qui nous pousse toujours à la réflexion.

Kaili Lévesque : Vous pouvez trouver Kent dans Twitter à@kentdaitken. Il est également coauteur d'un blogue à l'adresse cpsrenewal.ca. À la prochaine! Voici notre cher ami Mark Matz et notre chanson‑thème, « Journey of the Mandarin ». Au revoir!