Épisode 1 : Innovation en matière de politique, dites bonjour à Changer de voix

Résumé de l’épisode : Bienvenue au premier épisode de la première saison de Changer de voix, une nouvelle série de baladodiffusion.  Cet épisode comprend une présentation du concept de l’émission, un premier “long métrage”  sur l’Agence de la santé publique du Canada et son évolution quant à la création de partenariats, ainsi qu’une définition du gouvernement ouvert.

Musique : Journey of the Mandarin
 
Francis Nolan-Poupart : Vous écoutez Changer de voix, une nouvelle série de balados dans laquelle nous examinons l’innovation en matière de politiques dans le secteur public sous tous ses angles : dans le cadre de cette série, nous allons démystifier les nouveaux instruments de politique publique, étudier des exemples d’innovation qui ont porté fruit tout comme des exemples d’innovations qui n’ont pas donné les résultats souhaités.
 
Kaili Lévesque : … ainsi que des conversations avec des fonctionnaires innovateurs des générations précédentes, des entrevues avec les chefs de files et les praticiens actuels du Canada et d’ailleurs.
 
Francis : Les épisodes de Changer de voix sont produits et créés par une équipe interministérielle de fonctionnaires, avec l’aide du Centre d’innovation du Bureau du Conseil privé.
 
Kaili : Voici notre premier épisode. Nous sommes tellement contents de vous accueillir chez vous!
 
Francis : Je m’appelle Francis Nolan-Poupart et je vais être un des coanimateurs de cette série.
 
Kaili : Et je suis Kaili Lévesque, co-productrice principale et francophone de service.
 
Francis : Voici ce que nous vous avons préparé, pour notre tout premier épisode.
 
Kaili : Nous allons vous plonger au sein d’un ministère, l’Agence de la santé publique du Canada, pour vous raconter une histoire sur la nature changeante des partenariats.
 
Francis : Comme deuxième segment, on a choisi un concept relié à l’innovation en matière de politique publique et on va demander à une personne qui connaît bien le sujet de nous l’expliquer en moins de 100 secondes. Aujourd’hui, ce concept c’est celui  du gouvernement ouvert.

Kaili : Un mot sur nos commanditaires. Je plaisante, nous n’avons pas de commanditaires! Mais nous voulions vous expliquer la raison pour laquelle nous faisons un balado : ce qui nous a poussés à le faire, et ce que nous espérons obtenir grâce à ce projet.
 
Francis : Pas de pression, Anatole.
 
Kaili : Oui, bienvenue à Anatole Papadopoulos, directeur exécutif, Innovation en matière de politiques à Patrimoine canadien et secrétaire du Comité des sous-ministres sur l’innovation en matière de politiques au gouvernement du Canada — et le co-producteur principal de cette émission. Alors Anatole, pourquoi faisons-nous cela? Pourquoi parlons-nous d’innovation en matière de politiques? Pourquoi pensons-nous que quelqu’un va être à l’écoute?
 
Anatole Papadopoulos : Bon, tout a commencé par une petite conversation entre moi et Dan,  concernant un projet en particulier, et le partage des leçons apprises par rapport à ce projet, le projet d’économie du partage, qui a été mené pour le Comité de sous-ministres. Il y a aussi ce discours plus vaste entourant l’importance de faire part des leçons apprises, dans le domaine de l’innovation, donc partager les réussites, les échecs, ce que nous avons appris d’une expérience. Nous espérons qu’en partageant, cela donnera l’exemple et créera davantage d’innovation et cela aura un effet boule de neige, dans l’ensemble de la fonction publique.

Le problème est qu’il existe aussi, vous entendrez toujours parler du niveau de friction, pour les leçons qui passent par-dessus des frontières organisationnelles, et la manière dont nous communiquons ces choses dans la fonction publique, dont nous nous racontons ces histoires. Nous avions cette discussion pour ce projet et avons réalisé qu’une partie du problème est que cela se fait toujours sous forme de texte, n’est-ce pas? Nous sommes toujours en train d’écrire un rapport, ou une petite note, ou un texte sur un site Web. Et vous vous demandez pourquoi ne pas être un peu plus créatif sur la forme. Certaines personnes apprennent mieux de manières différentes? Certains apprennent mieux en écoutant. Alors, nous avons pensé qu’il y avait plein de gens qui écoutent des balados, et ces balados sont une manière de raconter une histoire. Donc il s’agit de raconter une histoire sur l’innovation en matière de politiques, sur la raison d’être, sur ce qu’est l’innovation en matière de politiques. Nous espérons qu’il ne s’agit pas seulement d’auditeurs de la fonction publique, nous souhaitons que le contenu que nous produirons intéresse des personnes de l’extérieur.

Kaili : Donc, il ne s’agit pas juste d’affaires internes?

Anatole : J’espère que nous ne l’abordons pas du point de vue interne, enfin, il s’agit d’affaires internes, oui, d’innovation au secteur publique, mais une bonne partie de cette innovation requiert la participation du monde extérieur. Que ce soit des approches par partenariats, l’élaboration de politiques ouvertes et davantage d’engagements plus sérieux auprès des citoyens et des intervenants, il s’agit de ne plus élaborer de politiques en vase clos, mais plutôt de sortir de notre tour d’ivoire et d’élaborer des politiques avec le monde extérieur, et non pas pour le monde extérieur ou au nom du monde extérieur. L’autre chose qui m’a vraiment marqué est à quel point les personnes qui effectuent ce travail sont incroyables : leur passion, leur dévouement à l’égard du service, leur ingéniosité et leur créativité sont à la base de cet mouvement du secteur public à l’égard de l’innovation. Alors le fait d’écouter ces personnes est toujours une source d’inspiration, et c’est le type d’esprit entrepreneurial et de créativité que je côtoie régulièrement. Pour ma part, j’apprends des personnes qui m’entourent quelque chose de nouveau tous les jours, et je pense que si nous pouvions partager de cette manière à plus grande échelle, nous aurions beaucoup à y gagner.

Kaili : Anatole Papadopoulos, merci énormément d’être des nôtres aujourd’hui. 

Anatole : Merci, ça va être du fun!!

Francis : Avant de nous plonger dans les segments d’aujourd’hui, nous aimerions dire un mot au sujet de la langue, du français.

Tous les épisodes de Changer de voix vont être produits dans les deux langues officielles.  Certains des épisodes vont être conçus et rédigés en anglais, et ensuite traduits, ré-enregistrés, en français, avec du doublage pour les entrevues.  C’est le cas d’ailleurs de l’épisode d’aujourd’hui, notre premier épisode.

Mais on va des fois aussi faire le contraire; on a une équipe bilingue et on va donc aussi enregistre la version originale de certains de nos épisodes, y compris les entrevues, en français, pour ensuite les traduire en anglais.  Dans les deux cas, le contenu des épisodes et originaux en anglais et en français seront transcrits dans les deux langues et disponible sur notre site web.

Ça, c’est le plan pour l’instant.  On aimerait aussi expérimenter avec différentes formules.  Peut-être qu’il y aura éventuellement des épisodes bilingues ou qu’on va tout simplement alterner entre les deux langues.  Si vous avez des suggestions ou de la rétroaction par rapport à l’utilisation du français, s’il vous plaît, faites nous en part, et évidemment, il va sans dire que vous pouvez nous communiquer dans la langue officielle de votre choix.

Un dernier mot à propos du français: si vous êtes francophone, vous allez pouvoir compatir avec nous à propos du fait que c’est pas toujours facile de traiter de ces nouveaux concepts là d’innovation dans la langue de Molière, les mots, souvent, n’existent tout simplement pas en français, et aussi, de manière plus globale, à force de travailler en anglais, on se retrouve malgré nous à utiliser plus d’anglicismes que ce que l’on aurait voulu.  C’est une réalité, et donc on pense peut-être en rire plutôt qu’en désespérer, et créer un mini-segment dans chaque épisode, qui va s’appeler “quel était le pire anglicisme du dernier épisode”.  Puis avec le temps, on va s’améliorer! 

Francis : Avec Changer de voix, nous souhaitons humaniser le gouvernement... pour vous présenter les personnes derrière les projets et les idées que vous pourriez ne pas voir dans les médias, et aussi expliquer l’incidence que ces personnes-là ont sur la société et la population Canadiennes. Nous vous présenterons des fonctionnaires, des entrepreneurs qui ont connu des succès répétés, et aussi leurs collaborateurs, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du gouvernement. 

Kaili : Notre balado comprend des longs métrages dans le balado pour nous permettre d’approfondir notre examination des sujets. Nous voulons vous raconter des histoires qui, à première vue, peuvent facilement passer inaperçues, ou d’autres qui permettent de faire des liens.

Francis : L’histoire d’aujourd’hui commence avec le gouvernement fédéral canadien. Nous vous amenons au cœur d’une partie d’une agence, l’Unité de la prévention des maladies chroniques et des modes de vie sains de l’Agence de la santé publique du Canada, pour parler d’un groupe qui a commencé à examiner la manière dont il crée des partenariats avec d’autres organismes ayant des objectifs semblables et comment l’agence finance ces organismes-là.

Kaili : Cette histoire fait partie d’un discours plus vaste sur la transformation du rôle du gouvernement fédéral passe d’un rôle de fournisseur de fonds direct et traditionnel, qui fournit directement des fonds à des organisations qui, elles, offrent des programmes au nom du gouvernement, à une série de rôles bien plus vastes : rapprocher les gens, collaborer avec des organismes à but non lucratif, des entreprises privées et d’autres joueurs, et parfois se contenter de simplement rester à l’écart.

Francis : Donc ici on a des personnes qui souhaitaient jouer un rôle – elles souhaitaient que le gouvernement participe à l’étape difficile de la cocréation : créer des politiques, des programmes, avec, et non pas seulement pour, les Canadiens.

Kali : Laissez-moi d’abord vous mettre en contexte. Le personnage principal de notre récit s’appelle Rodney Ghali, et quand l’histoire commence, il a récemment été nommé directeur général au sein de l’Agence de la santé publique du Canada. Parmi ses nombreuses tâches: amener les Canadiens à faire davantage d’exercice, et travailler à la prévention des grandes maladies chroniques – comme les maladies du cœur et le diabète – chez tous les Canadiens.

Francis : Comme vous pouvez l’imaginer, ce n’est pas une mince tâche. D’ailleurs, les gens à l’Agence de la santé publique du Canada nous ont donné des statistiques qui le démontrent bien.

Kaili : Près d’un jeune Canadien sur trois, enfant ou adolescent, a un excès de poids ou est obèse. Parmi les 5 à 17 ans, moins d’un sur dix fait le minimum d’exercice physique recommandé par jour. Près d’un enfant sur six déclare boire une boisson gazeuse, une boisson aux fruits ou une boisson sportive tous les jours, tandis que seulement un enfant sur quatre dort suffisamment chaque nuit.

Francis : D’autres statistiques: deux Canadiens sur trois vont mourir d’une maladie chronique (comme le cancer, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires et les maladies respiratoires chroniques), alors que quatre Canadiens sur cinq ont au moins un facteur de risque de maladie chronique qu’ils pourraient changer.

Kaili : Comme vous pouvez le voir des très petits défis à relever pour M. Ghali, n’est-ce pas? Bien que nous les Canadiens, savons ce que nous devons faire, les choses n’ont pas tellement changé depuis que nous l’avons réalisé. Pour illustrer ce point, nous allons vous raconter une histoire.

Francis : En 1974, Marc Lalonde, alors ministre de la Santé, a publié un rapport intitulé Nouvelle perspective de la santé des Canadiens. Ce rapport propose un changement de paradigme : d’un modèle axé sur la maladie à un modèle axé sur la santé. On y reconnaît, entre autres, le mode de vie et l’environnement comme étant des facteurs qui sont déterminants de la santé des gens. On y introduit aussi le concept de promotion de la santé; ce qui a mené à toute une panoplie des nouvelles politiques gouvernementales axées sur le mode de vie, par exemple : des politiques par rapport au port de la ceinture de sécurité, l’activité physique, la nutrition et le tabagisme.

Kaili : C’était il y a plus de 40 ans. Pour mettre les choses en perspective, la même année, le jeu vidéo de tennis de table Pong a été inventé, et à Ottawa en 1976, le prix moyen d’une maison était de 46 500 $.  Maintenant, on s’achète même pas une cabane à Westboro à ce prix-là. 

Francis : Depuis ce temps, les choses ne se sont pas vraiment simplifiées. En fait, elles sont devenues beaucoup plus complexes. Au cours de la même période, la santé publique a fait des progrès sur certains fronts – comme le taux de tabagisme ou celui de mortalité infantile. Par contre, nous avons reculé par rapport à un certain nombre de maladies chroniques associées à l’alimentation et au niveau d’activité physique.

Kaili : Permettez-moi de revenir à notre récit, qui s’étend sur environ cinq années. Connaissant les défis à relever, Rodney entre en poste à la fin de 2011.

Rodney Ghali : Je suis arrivé à l’Agence en décembre 2011. Tout nouveau dans le rôle de directeur principal, j’ai alors pris en charge un secteur de programme pour la première fois de ma carrière. Jusque-là, j’avais essentiellement travaillé en politique stratégique. Donc, j’arrive dans un secteur de programme et… Une année plus tôt, quatre différents secteurs de programme avaient été fusionnés dans ce qui allait devenir le Centre de prévention et de contrôle des maladies chroniques. En gros, il s’agissait de la Division des partenariats et des stratégies qui regroupait les secteurs de programme du cancer, des maladies cardiovasculaires et du diabète. À ce moment-là, le financement annuel des programmes était probablement autour de douze millions de dollars. Et ce n’était pas vraiment une équipe, mais plutôt des équipes distinctes, pas encore réunies.

Kaili : Il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour se rendre compte que quelque chose n’allait pas bien.

Rodney : Ces programmes n’avaient pas, à mon avis, de véritable impact. En gros, c’était de petits montants, des intervenants qui travaillaient avec nous depuis des années, les projets qu’ils finançaient eux-mêmes semblaient stagner. Je me suis dit qu’il y avait probablement une autre façon de gérer ces programmes.

Kaili : Ce qu’il faut savoir au sujet de Rodney, c’est qu’il aime parler aux gens. C’est un homme curieux, qui aime rencontrer de nouvelles personnes et découvrir ce qui les anime. Son dada est d’inviter les gens à venir discuter avec lui, même si, à première vue, ils ne semblent pas avoir beaucoup à contribuer à la prévention des maladies chroniques ou à la promotion d’un mode de vie actif.

Rodney Ghali : C’est intéressant parce que – je crois que c’était une culture. Quand les gens venaient, l’attitude par défaut était : « Non, nous ne voulons pas vraiment discuter avec vous. Vous n’êtes pas vraiment, en quelque sorte, de notre base traditionnelle. » Et moi, je me suis dit que j’allais parler à ceux qui viennent pour parler au gouvernement, parce que c’est ce pourquoi nous sommes ici. Au début, quand on commence à parler à des gens à qui on n’a jamais parlé avant, c’est naturel qu’ils suggèrent de nouvelles idées qu’on pense ne jamais pouvoir être appliquées dans le contexte. C’est en quelque sorte ça, je pense, la trajectoire qui nous a amenés à mettre à l’essai certains de ces partenariats, qui ont démarré sur la base d’interventions somme toute traditionnelles, mais qui se sont transformés en quelque chose de très différent par la suite. AIR MILES–YMCA est la toute première intervention en son genre que nous avons soutenue; ce projet a complètement catalysé – je pense – le travail dans une foule de secteurs différents.

Kaili : L’association d’AIR MILES pour le progrès social et du YMCA est un des premiers partenariats de Rodney. Pour nos auditeurs étrangers, AIR MILES est un programme de récompense voyage très populaire au Canada, et le YMCA est un organisme communautaire qui compte des gymnases dans tout le pays. Grâce à ce partenariat, les membres du YMCA recevaient un incitatif, sous forme de milles AIR MILES, s’ils allaient au gym plus souvent.

Kaili : Cela fonctionne particulièrement bien au Canada, parce que les Canadiens aiment les programmes de récompense; en effet, chaque Canadien participe en moyenne à huit de ces programmes.

Kaili : La recherche a montré que les gens ont besoin d’aide pour devenir actifs et le rester. Au bout de trois à six mois, 20 % abandonnent par manque de motivation ou parce qu’ils n’ont pas atteint leurs objectifs. Aller au gymnase plus souvent aiderait à franchir ce cap et augmenterait la probabilité de continuer. Le groupe de partenaires se demandait si les mesures incitatives pouvaient aider à cet égard.

Kaili : La réponse est un oui retentissant. Les comparaisons d’année en année ont révélé qu’avec les récompenses AIR MILES, 62 % des membres du YMCA sont allés au gymnase au moins une fois de plus qu’à la même période l’année précédente. Depuis le début du programme, plus de 98 000 Canadiens y ont participé. L’objectif initial était de 25 000. Donc, le programme a incité les Canadiens à être actifs. Lors d’un sondage, près de la moitié (49 %) des répondants qui étaient membres du YMCA ont dit que le partenariat avec AIR MILES les avait encouragés à aller au gymnase plus souvent.

Kaili : Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Le groupe de Rodney a continué de chercher des moyens d’instaurer de nouveaux modèles de partenariats intéressants. Ils ont commencé à tester des concepts de plus en plus ambitieux pour une foule de nouvelles approches en matière de partenariats. Et lorsqu’une organisation connaît du succès, il y a un effet boule de neige. Les gens ont plus confiance en vous et vous donnent une plus grande latitude pour essayer de nouvelles choses. Rodney, je te cède la parole.

Rodney : Je crois, une fois de plus selon le point de vue de la culture organisationnelle, que lorsque vous commencez à emprunter cette voie, il est vraiment très intéressant de constater que les gens continuent de chercher de nouvelles idées, puis tentent constamment de repousser les Iimites. Ainsi, l’initiative Jeu d’échange était fondée sur un modèle de partenariat. Ce n’était pas nécessairement une question d’obtenir des fonds pour mettre sur pied une intervention, mais plutôt une question d’idées novatrices; et ce que nous voulions réellement vérifier, c’était cette notion de mobilisation du public : était-il possible de faire participer les Canadiens d’une façon totalement différente?

Kaili : Voici comment Jeu d’échange fonctionnait. Les Canadiens étaient invités à soumettre des idées de moyens pour nous rendre plus actifs physiquement. Le groupe a choisi des juges canadiens qui ont examiné toutes les idées soumises et qui ont retenu les meilleures. Des chefs d’entreprises et des dirigeants communautaires ont travaillé avec les « innovateurs » pour les aider à mettre au point leurs idées et leurs propositions de projets. Les six meilleures idées ont fait l’objet d’un mentorat d’affaires et ont été présentées à la télévision nationale en janvier 2015. Les Canadiens de partout au pays ont pu voter pour l’idée qui leur semblait la meilleure. Le gagnant a reçu 1 million de dollars pour lancer son projet. La réussite de Jeu d’échange reposait sur la collaboration unique entre les divers groupes de partenaires (Canadian Tire, LIFT, Radio-Canada et l’Agence de la santé publique du Canada) qui ont tous apporté les compétences et l’expertise nécessaires pour que ce projet se concrétise. L’Agence de la santé publique du Canada a servi d’intermédiaire pour établir toutes ces relations, et c’est grâce à elle si l’initiative Jeu d’échange est devenue une réalité.

Kaili : L’initiative a permis aux Canadiens de choisir comment les deniers publics allaient être utilisés, selon une approche qui a permis d’associer les problèmes à des personnes capables de les résoudre. Elle a également fourni un espace qui a stimulé la collaboration entre investisseurs, innovateurs et citoyens créateurs de changements, afin de régler un problème social complexe. Par cette initiative, le gouvernement reconnaissait qu’il n’avait pas les réponses à tous les problèmes. Et ce qu’on peut en retenir, c’est qu’en tentant de nouvelles choses, on obtient souvent des résultats inattendus.

Rodney : Un fait intéressant, c’est que l’un de nos finalistes provenait de l’École nationale de ballet. Au cours de la dernière année, nous avons collaboré avec l’École afin de développer son plan d’affaires et d’attirer de nouveaux partenaires en ligne.

Kaili : En tant que bons fonctionnaires, nous voulions également entendre ce que les autres parties avaient à dire. Nous avons donc retrouvé le PDG de Carrot Insights, qui est également l’ancien président d’AIR MILES pour le progrès social, Andreas Souvaliotis.

Kaili : Andreas, parle-nous un peu de ton expérience avec Rodney et son groupe, et dis-nous comment tu as réussi à faire le pont entre les différentes cultures. On entend toujours dire que le secteur public et le secteur privé sont deux mondes complètement différents.

Andreas Souvaliotis : Je viens du milieu, comment dire, du milieu du secteur privé classique, où règne une attitude de paranoïa au sujet du secteur public. L’idée circule que le secteur public est une énorme entité monolithique, inaccessible, avec laquelle nous, les personnes du secteur privé, ne pouvons pas faire affaire. Mais grâce à des personnes comme Rodney et son ministère, je me suis rendu compte que ma théorie ne tenait pas debout.

Nous avons eu affaire à lui dans le cadre d’un programme que nous opérions il y a quelques années, et toute la perception du risque culturel que certaines personnes ont au sein du secteur privé à l’égard du secteur public s’est dissipée petit à petit à force de travailler avec lui. Tout d’abord, nous nous sommes rendu compte que nous établissions des partenariats très, très complexes qui n’étaient pas restreints à un ministère du secteur public et à une entreprise du secteur privé. Donc, ça n’aurait pas pu devenir plus compliqué, et l’on pourrait croire que ce niveau de complexité serait parsemé d’une foule de barrières culturelles; mais en fait, c’était exactement le contraire. Une fois que vous rassemblez des personnes et que vous vous fixez un objectif précis, auquel elles adhèrent toutes et qui les fait toutes vibrer, c’est facile de trouver un terrain d’entente.

Kaili : Mais nous ne voulions pas en rester là. D’un point organisationnel, c’était bien que les personnes et les divers partenaires s’entendent bien; mais nous voulions parler aux responsables de projets : voyaient-ils une différence dans l’approche? Avaient-ils remarqué que c’était leur gouvernement qui avait modifié sa façon de faire? Vous vous souvenez du projet de l’École nationale de ballet dont Rodney parlait plus tôt? Nous avons retrouvé les personnes qui ont présenté la demande à Jeu d’échange afin de comprendre un peu mieux ce qu’ils pensaient du processus.

John Dalrymple : Je m’appelle John Dalrymple et je suis chef des Affaires externes de l’École nationale de ballet du Canada.

Kaili : Merci d’avoir accepté de discuter avec nous. Pourriez-vous nous dire comment vous avez trouvé votre expérience avec Jeu d’échange?

John : Pour nous, cette expérience s’est déroulée à un moment charnière de l’évolution de l’École. Nous sommes renommés mondialement pour le calibre de notre formation en ballet professionnel, mais nous avons également des programmes axés sur la communauté qui sont une priorité de plus en plus importante pour l’École, afin de partager les bienfaits pour la santé, tant physique que mentale, avec l’ensemble de la communauté, en ce sens que, peu importe votre habileté ou votre ambition, vous pouvez introduire la danse dans votre vie et créer un vrai changement positif. Dans cette optique, notre travail avec un organisme gouvernemental a réellement apporté un vent de fraîcheur. Surtout lorsque nous avons appris que nous étions l’un des finalistes. Nous avions la possibilité de voir notre programme prendre forme, jusqu’à un certain point; ce qui est bien différent d’une simple demande de subvention, où vous espérez avoir rempli votre demande comme il le faut. L’initiative nous offrait une vraie occasion de comprendre quelles étaient les priorités de l’Agence et comment nos projets pourraient être, comment dire, mis de l’avant, ou être modifiés pour cadrer parfaitement avec ces objectifs. Et évidemment, maintenant, même si nous n’avons pas gagné Jeu d’échange, cette expérience nous a par la suite permis d’avoir des conversations très fructueuses avec l’Agence de la santé publique.

Kaili : Merci beaucoup John.

Francis : Quelle est donc la conclusion de cette histoire? Nous aimerions enrober cette histoire d’un joli ruban, et vous dire que, grâce à ces programmes, nous avons observé une hausse importante du niveau d’activité physique des Canadiens et Canadiennes, que les gens se nourrissent mieux, prennent davantage soin d’eux-mêmes, et que le taux de maladies chroniques connaît une baisse importante. Malheureusement, cela est difficile à mesurer, et surtout, de le faire rapidement. Cela peut prendre des dizaines d’années avant de savoir si des enfants qui ont participé à des programmes financés par l’Agence de la santé publique consistant à se rendre à l’école à pied présentent des taux X ou Y de diabète ou de cancer; et puis vous êtes confrontés à l’attribution, à la causalité, et à d’autres facteurs qui soulèvent au fond la question fondamentale qui est la suivante : « Êtes-vous en mesure de nous prouver que votre programme est vraiment responsable pour ce résultat? ». Mais nous discuterons plus en profondeur de l’évaluation – et plus particulièrement de l’évaluation des innovations en matière de politiques – dans un autre épisode.

Kaili : Ce que nous pouvons vous dire en terme de résultats concrets, c’est que les partenariats ont permis au gouvernement d’avoir un impact qu’il n’aurait pas pu avoir sans eux. Ils font ressortir de nouvelles idées et de nouveaux outils, provenant souvent de personnes sur le terrain, qui sont les plus près des problèmes que nous cherchons à résoudre. Ils apportent des ressources et une contribution financière permettant au gouvernement et à ses partenaires de partager le fardeau et de distribuer les risques. Les partenariats permettent de fractionner les problèmes, afin que chacun s’occupe de ce en quoi il excelle. Chacun des partenaires apporte ses forces et ses atouts dans le projet. Voilà l’avantage de collaborer avec autrui pour résoudre des problèmes en matière de politiques.

Francis : L’épisode d’aujourd’hui portait sur un seul directeur général et une seule équipe, mais les bonnes idées et les projets fructueux ont un effet domino et deviennent contagieux, ils sont repris, reproduits à plus grande échelle. Dans un système bureaucratique, tout projet qui crée un précédent positif c’est un projet qui en fait est très précieux.

Kaili : En terminant, pour bon nombre des projets dont nous allons parler, ce sera la première fois qu’ils sont abordés en dehors des annonces officielles du gouvernement ou des partenaires. Il s’agit de notre humble tentative pour rendre le gouvernement plus humain, et faire connaître les histoires qui se cachent derrière les communiqués de presse et le financement des programmes. Restez à l’écoute.

Francis : À venir, nous aurons un nouveau segment que nous sommes impatients de vous présenter : il s’agit de l’entrevue-éclair. Cela consiste de demander à un invité d’expliquer un concept d’innovation en matière de politiques en moins de 100 secondes.

Kaili : Laura, merci d’être avec nous. Laura travaille au Bureau du Conseil privé. Elle est directrice exécutive, Consultations et mobilisation du public. Bienvenue à l’émission.

Francis : Alors Laura, pourrais-tu nous expliquer, qu’est-ce que l’élaboration ouverte de politiques? Tu as 100 secondes. C’est parti!

Laura Wesley : Selon mon expérience, l’élaboration ouverte de politiques est un terme général utilisé pour décrire les nombreuses méthodes de mobilisation. Alors, comment mobilisons-nous des gens dont les fonctions, les disciplines et les secteurs d’activité sont différents pour obtenir des résultats pour la société? Je crois que l’idée principale derrière cette méthode d’élaboration de politiques consiste simplement à employer de nouveaux moyens de mobiliser le public pour régler les problèmes ensemble. Pour ce faire, on peut avoir recours à la budgétisation participative, aux tables rondes multipartites, à la prospective citoyenne, à différents types d’ateliers et de façons de participer à différents éléments du problème afin de créer ou d’externaliser des solutions potentielles. Voilà des méthodes que nous utilisons pour mobiliser les gens d’une manière significative. Je crois toutefois qu’il existe de nombreux autres termes qui sont utilisés pour désigner des concepts similaires. Par exemple, cela peut aller de l’innovation stratégique ou sociale jusqu’au gouvernement ouvert, en passant par le dialogue ouvert.

Francis : Merci pour l’explication, Laura.  Je pense qu’on vient de se rendre compte qu’en français, ça va être “expliquez le concept en 120 secondes ou moins” -- les habitués de la traduction vont se rappeler que c’est toujours un petit peu plus long en français qu’en anglais.  Si vous souhaitez en savoir plus sur Laura et sur son travail, vous la trouverez sur Twitter @resultsjunkie. Malgré ton horaire chargé, merci d’avoir pris le temps de venir nous parler.

Francis : Vous écoutez Changer de voix, une nouvelle série de balados examinant l’innovation en matière de politiques dans le secteur public. Nous sommes basés au Canada, plus précisément au sein de la fonction publique fédérale, mais nous espérons que cette émission intéressera bien des gens dans divers domaines et dans de nombreux pays.

Kaili : Tout à fait. De notre part, citoyens canadiens au sein de la fonction publique, aux gens qui ont des intérêts définis en conception, technologie, innovation civile, entrepreneuriat social, données ouvertes, mégadonnées, nous sommes tous dans le même bateau effectivement. Nous utilisons peut-être des mots différents pour décrire notre travail, mais c’est le même mouvement, un mouvement qui essaie d’améliorer la façon de faire pour nos citoyens en utilisant les meilleurs outils possible, et nous sommes enthousiastes à l’idée de faire partie du processus. Nous en reparlerons plus tard, puisque nous souhaitons vraiment que cette émission reste axée sur le gouvernement ou le Canada.

Francis : Et voilà. C’était notre première émission. Dites-nous ce que vous avez pensé de Changer de voix. Nous sommes sur twitter à @changerdevoix ; vous pouvez me trouver, Francis Nolan-Poupart, à @fnolanp

Kaili : Et moi, Kaili Lévesque à @kailiml.

Francis : Vous pouvez nous envoyer un courriel à TC/CV@pco-bcp.gc.ca. On les aime comme ça nos adresses courriel au gouvernement! Et ne vous inquiétez pas, nous allons mettre ces adresses en ligne pour vous, pour que vous puissiez les retrouver.

Kaili : Nous remercions le Centre d’innovation du BCP de nous avoir apporté son soutien et en particulier les réalisateurs sur Twitter @anatolep et @nisamalli. Nous remercions également nos invités à l’émission aujourd’hui, Rodney Ghali et Laura Wesley, et également Anatole d’avoir expliqué notre raison d’être, et finalement vous, nos amis de la fonction publique et de la communauté d’innovateurs en matière de politiques. Nous sommes fiers de faire partie de cette communauté de gens fantastiques!

Francis : Nous vous donnons rendez-vous dans un mois environ. Consultez iTunes, SoundCloud, le site Web du Centre d’innovation du BCP et suivez-nous sur Twitter pour ne pas manquer nos plus récents épisodes. D’ici là, voici la version intégrale de la pièce thème de notre balado, qui a été composée pour notre émission par l’ami du balado Mark Matz. Mark est un directeur des politiques en matière de cybersécurité au ministère de la Sécurité publique, pendant le jour et ensuite c’est un musicien plutôt brillant le soir. Voici sa pièce, Journey of the Mandarin (le voyage du mandarin).

Liens connexes

Segment sur l’évolution des partenariats

Segment sur la définition de gouvernement ouvert